Un ami m’a confié une phrase qu’il n’osait même pas prononcer à voix haute : “ma femme a grossi et ne m’attire plus”. Il avait l’air triste, pas méprisant. Surtout inquiet : peur de la blesser, peur de mentir, peur de voir leur couple se dégrader.
Derrière, il y a toujours les mêmes questions : est-ce que l’attirance peut revenir ? Est-ce que la prise de poids explique tout, ou est-ce qu’il y a une baisse de désir liée au stress, à la fatigue, à la routine ? Et comment aborder le sujet avec tact, sans humilier ni se taire jusqu’à exploser ?
Dans cet article, je vous partage des repères concrets : quoi vérifier avant de conclure “c’est le poids”, comment trouver les bons mots, et comment relancer l’attirance physique sans transformer votre couple en projet “perdre du poids”.
Avant d’en parler : je vérifie si c’est vraiment le poids
Quand mon ami me dit qu’il réduit tout à “elle a grossi”, je lui suggère de faire une pause. Pas pour se trouver des excuses, mais pour éviter l’erreur classique : pointer son corps alors que, dans le fond, c’est le lien qui s’est distendu et que le poids n’est pas toujours la cause principale.
Je lui propose trois questions très simples, sans jugement. Depuis quand ça a changé, précisément ? Est-ce qu’il y a eu un événement charnière (bébé, déménagement, deuil, surcharge au travail, période compliquée) ? Et surtout : est-ce qu’il se sent encore proche d’elle, ou est-ce qu’ils fonctionnent en mode coloc (logistique, écrans, fatigue, zéro moments à deux) ?
Ensuite, je lui rappelle un point qu’on oublie souvent : une baisse de désir peut venir d’autre chose que l’apparence. Le stress, l’anxiété, une période dépressive, des tensions qui traînent, un manque de sommeil, ou même certains traitements peuvent jouer sur la libido et l’énergie. Et oui : une prise de poids peut être liée à plein de choses dans une vie (fatigue, habitudes, hormones) sans que ça se résume à “elle se laisse aller”. Si je repère des signaux qui inquiètent (tristesse persistante, épuisement, perte d’élan, douleurs, etc.), je garde en tête que le bon réflexe, c’est d’en parler à un professionnel de santé, sans dramatiser.
Le but, ce n’est pas de nier ce qu’il ressent. C’est d’élargir le cadre : désir ≠ amour, et attirance physique ≠ uniquement esthétique. Souvent, quand on remet de la proximité et du vivant, le reste bouge déjà, même après une prise de poids.
Le sujet qui fait peur : comment je lui en parle sans l’abîmer ?
Je lui dis de le prendre avec beaucoup de précautions, parce qu’un mot mal placé peut laisser une trace. Donc je ne lui conseille pas de commencer par “tu as pris du poids” mais par le pourquoi : “je tiens à nous”, “j’ai envie qu’on retrouve de la complicité”, “j’ai envie qu’on se retrouve”. Le cadre, c’est “je veux qu’on aille mieux”, pas “je veux que tu changes”.
La méthode la plus sûre, c’est une phrase en 4 temps : je (ressenti) + je (besoin) + je (demande) + une porte ouverte. Exemple : “Je sens qu’on s’est un peu éloignés ces derniers mois, et ça me manque. J’ai besoin qu’on se retrouve. Est-ce qu’on peut se parler ce soir tranquillement, et voir ce qu’on met en place à deux ?” Ça garde le dialogue au niveau du couple, au lieu de le figer sur la prise de poids.
Ce que je lui conseille d’éviter à tout prix : les comparaisons (avant tu…), les ultimatums, les blagues, et les remarques sur son corps quand elle est vulnérable (nudité, essayage, miroir). Même bien dit, ça peut se transformer en honte, et l’attirance sexuelle en prend souvent un coup.
Et si elle se braque ou pleure ? Je lui dis de faire une pause, de rassurer, et de remettre le cadre : “Je vois que ça te touche, je ne suis pas là pour te juger. Je t’aime, et je veux qu’on aille mieux.” Puis de proposer de reprendre plus tard, quand l’émotion est retombée.

Raviver le désir sans transformer votre couple en projet perte de poids
Quand le désir baisse, je le mets en garde contre le piège “on va régler ça en changeant son corps” ou “il faut perdre du poids”. Ça met une pression énorme, et souvent ça fige encore plus la situation, surtout si l’autre ressent déjà une angoisse de ne plus plaire ou un mal-être lié au surpoids.
Ce qui marche le mieux, c’est du concret et du petit. Un rituel à deux (10 minutes sans écrans, une marche, un dîner simple une fois par semaine). Des moments “nous” qui ne sont pas de la logistique. Et du toucher tendre sans objectif : câlin, baiser, main sur la nuque, massage express. Sans attente derrière, le corps se détend, et l’intimité redevient possible.
J’ajoute aussi une dose de re-séduction du quotidien : un compliment sincère (pas forcément sur le physique), un message dans la journée, une attention. Et si vous pouvez, une nouveauté légère : une sortie, une nuit ailleurs, un jeu à deux. Parfois, il suffit d’un détail différent pour sortir du mode coloc.
Le garde-fou, je le pose clairement : se forcer ne relance pas le désir. Si la sexualité devient une obligation, on abîme le consentement et on crée de l’évitement. Mieux vaut reconstruire un climat où l’envie peut revenir, plutôt que de “réussir” une fois.
Et pour le “nous”, je le formule comme une hygiène de vie partagée : marcher ensemble, cuisiner plus simple, dormir mieux sans que ça ressemble à une critique déguisée. Si l’idée vient naturellement, faire du sport à deux (ou reprendre une activité douce) peut aider pour l’énergie et l’humeur, mais seulement si c’est pour se sentir mieux, pas pour corriger un corps. “On prend soin de nous” n’a pas du tout le même impact que “tu dois changer” ou “tu dois perdre du poids”.
Quand ça coince vraiment : signaux d’alerte et quand se faire aider
Parfois, malgré la bonne volonté, ça ne bouge pas. Et ce n’est pas forcément grave, mais c’est un signal : si la souffrance s’installe, si chaque tentative de discussion tourne au clash, ou si la sexualité devient un sujet chargé (pression, reproches, évitement), un tiers neutre peut vraiment aider. Thérapie de couple, sexologue : l’intérêt, c’est d’avoir un cadre où chacun peut parler sans se défendre, et où on retrouve des pistes concrètes au lieu de refaire les mêmes disputes.
Je lui rappelle aussi un point qui évite beaucoup de malentendus : si vous vous dites “je n’y arrive plus” côté désir ou érection, ce n’est pas automatiquement “à cause d’elle”, ni uniquement lié à son surpoids ou à une prise de poids. Le stress, la fatigue, l’anxiété, l’alcool, une période de surcharge, voire certains soucis de santé peuvent jouer. Quand on a honte, on accuse en silence, ou on se met la pression, et ça empire.
Mon repère simple : si ça dure, si ça vous angoisse, ou si ça devient un poids dans le couple, mieux vaut consulter (médecin / sexologue). Pas pour coller une étiquette, mais pour comprendre ce qui bloque et éviter que ça se transforme en spirale.